Pourquoi je me sentais si vide...

  • Par tell_s
  • Le 24/07/2017
  • Commentaires (4)

Falaises

Chers amis, je vais vous parler d'un phénomène qui est inconnu pour beaucoup de gens, mais qui a touché de plein fouet...

ma génération, celle des enfants de "soixante-huitards"... Je veux parler de la rupture de transmission qui est liée à l'esprit de Mai 1968, cette fameuse "libération" qui a fait basculer la société française d'un extrême à l'autre en un clin d'oeil...

La "crise" de Mai 68 (car il faut bien parler de crise) a affecté profondément la manière de voir l'éducation des enfants et des jeunes, et donc la pédagogie dans son ensemble. Et cela a atteint l'école mais aussi la sphère familiale, dans tous les domaines touchant à la construction de l'enfant ou du jeune.
La pédagogie à la mode ancienne, même si elle avait certainement beaucoup de défauts, avait l'intérêt de former l'intelligence des jeunes gens, les rendant autonomes dans la réflexion et leur donnant les bases nécessaires notamment à la compréhension de leur pays et de son histoire, ce qui donne une force certaine pour affronter la vie.

Je dois dire que ma génération a été marquée par le fameux "laissez l'enfant grandir tout seul, surtout ne l'entravez pas avec trop de conseils, trop de principes, car il a les ressources en lui pour apprendre la vie et se construire"... Grave erreur, que l'on peut payer très cher - et bon nombre de jeunes couples aujourd'hui reproduisent malheureusement cela auprès de leurs enfants - car cette forme de non-éducation, non seulement évite des efforts aux adultes, donc abîme la relation entre parents et enfants, qui font dès le départ "chacun sa vie", mais surtout produit des jeunes gens "invertébrés", sans tuteurs car une construction humaine n'est pas possible (ou très difficile) sans piliers, sans repères de vie, sans paroles constructives... Car la vie s'apprend, hé oui ! Ce ne sont pas les petits oiseaux et les canards qui expliquent aux enfants comment va le monde et ce qui les attend plus tard dans la jungle humaine et dans la beauté-difficulté des relations ! Bien sûr, actuellement, on trouve aussi de nouveaux principes d'éducation qui sont tout à fait positifs et adaptés à notre époque et à la croissance de l'enfant, mais il y a, il me semble, une attention démesurée et une pression appliquée à l'enfance, qui doit correspondre en tout aux désirs des grands et n'a plus tout à fait le droit de vivre l'insouciance et la simplicité de cet âge.

Revenons à ma génération, qui a subi le principe du "bourrage de crâne" à l'école, avec le mécanisme répétitif d'ingurgitation-régurgitation de connaissances apprises, avec tous les dégâts qu'il peut faire, et nous voilà à essayer de "plâtrer" la jeune génération qui ne reconnaît plus sa droite de sa gauche, et a même souvent abandonné l'idée de comprendre la vie et le monde, car c'est tellement plus simple de jouer sur son écran, que de devoir faire tout le travail que les parents n'ont pas su faire pour les aider à grandir et à vivre en hommes et femmes adultes et responsables (et heureux, accessoirement !). Bien sûr, tout le monde n'est pas affecté de la même manière et il y a des personnalités plus fragiles que d'autres. Il n'y a bien sûr pas non plus de "parents parfaits" (à part le couple de Joseph et Marie évidemment !!), mais tout de même, l'éventail est large entre le laisser-faire déshumanisant et l'autoritarisme bestial, et il existe heureusement de nombreux foyers où l'enfant est respecté sans pour autant que l'on fasse ses quatre volontés, et cela me paraît être un juste milieu - qui est donc possible ! - mais qui nécessite plusieurs facteurs, pas forcément fréquents de nos jours. J'ajoute évidemment (pour moi-même) que "la critique est facile, mais l'art est difficile". Ce qui ne m'empêche pas de réfléchir à la question :).

J'ai parlé pédagogie et éducation, il est bien évident qu'au niveau "éducation affective et sexuelle", pour beaucoup de gens de ma génération, ce fut le "no man's land" (= le néant), à un âge où c'est tellement plus simple d'écouter Fun Radio plutôt que de poser des questions aux parents, qui n'ont pas trop l'air de s'inquiéter de la croissance de leur progéniture, mais est-ce vraiment leur faute ou est-ce plutôt une "démission globale" de la société vis-à-vis des nouvelles générations de jeunes dits "libérés" ? Libérés de quoi, on ne sait pas trop d'ailleurs. Si, peut-être d'un carcan moral devenu désuet face à l'évolution du monde, mais alors, était-ce une bonne idée de le remplacer par la "génération du vide" ?

Ce vide qui a même touché jusqu'à l'architecture et l'art, où tout devint "conceptualisation" et art suggestif plutôt que représentatif : en clair, on préféra les idées et les trouvailles intellectuelles, plutôt que la représentation de réalités concrètes et communes... Conclusion : on fonctionne aujourd'hui de plus en plus "par la tête" et l'individu et non plus par le corps et la collectivité, et l'art devient un moyen d'expression personnelle centré sur soi et orgueilleux et non plus un moyen d'aider les autres à vivre et à être heureux (je caricature forcément un peu et m'en excuse, mais c'est inévitable pour dire certaines choses en peu de mots)... Cette logique destructrice semble cependant avoir touché ses limites (même si on se demande parfois jusqu'où elle peut encore aller dans l'absurdité et la provocation gratuite !!), et on voit fleurir deci-delà un regain de simplicité et de fraîcheur, un art réhumanisé et réhumanisant, dans lequel les Chrétiens ne sont pas en reste : il suffit, pour cela, de voir l'évolution de l'art liturgique (il s'agit de tout ce qui touche à la mise en valeur de la Foi, par la peinture, le fleurissement, la musique ou autres, en lien avec les célébrations chrétiennes). Et l'art liturgique, comme l'art d'inspiration chrétienne en général, est bien entendu influencé par l'évolution du domaine artistique en général, et il participe lui aussi à son renouvellement permanent (l'Histoire de l'art des siècles passés nous le montre d'une manière évidente, même si aujourd'hui l'art chrétien est plus "discret"). Pour ne citer qu'eux, je pense au peintre Arcabas (voir ici) ou aux trésors de l'enluminure toujours vivante de nos jours (voir là). Pour la musique, j'ai envie de citer Jean-Paul Prat, qui est également diacre et fondateur de la communauté des Apôtres de la Paix, qui compte en son sein beaucoup d'artistes de talent (voir ici et ici ou encore ici).

Mais pour beaucoup de gens de ma génération, hors des sentiers de renaissance éducative et artistique, la vie semble être devenue un vaste point d'interrogation, et l'on n'en finit plus de s'interroger, oubliant ainsi ce que c'est que la croissance - à tout âge - d'une vie humaine... Quelles portes de sortie à cela, me direz-vous ?

Hé bien, me croirez-vous si je vous dis qu'on a voulu, à une certaine époque, "jeter l'Eglise à la poubelle", alors qu'en Elle se trouvaient déjà les germes éducatifs du futur ? Dont j'ai fait moi-même l'expérience, au sein de communautés chrétiennes ferventes et ouvertes à tous, qui m'ont aidée à me laisser "remodeler" par leur bienveillance et par le Christ, pour rattraper l'effondrement éducatif lié à ces fondations mal - ou pas du tout - posées...

Voilà le petit tableau rapide que je désirais brosser d'une génération en grande partie déshéritée et meurtrie, et je ne parle pas, bien sûr, de la vie spirituelle, qui a été tuée dans l'oeuf, pour beaucoup, et de tous les côtés (même la plupart des chrétiens de mon enfance ne savaient plus donner les vraies bases d'une belle vie spirituelle, atteints qu'ils étaient par la formule "tout va bien, nous sommes tous frères et le mal ne fait que passer dans la vie", formule qui laisse sans réponse tout cri de colère devant l'injustice et ne peut nullement satisfaire le désir légitime de chacun de mieux cerner la réalité du monde et de la vie...). C'est ainsi que l'on peut se perdre très loin dans les spiritualités "flottantes" qui pullulent en Occident et qui peuvent achever de détruire un jeune fragilisé, si le Bon Dieu n'intervient pas parfois Lui-même pour le sortir du gouffre in extremis... Et les témoignages sont nombreux, Dieu merci, de ce que notre Maître et Seigneur peut réaliser dans la vie d'un jeune - ou moins jeune... par exemple un ex-soixante-huitard :)) ! - qui met en Lui sa confiance et son avenir...

Ma conclusion est donc : place au sens de la vie et à la Joie, la vraie, la réelle, l'humaine, l'universelle... celle que bon nombre de Chrétiens d'aujourd'hui ont à coeur d'insuffler aux hommes et aux femmes de toutes générations, pour panser leurs blessures et leur redonner le sourire :). Et c'est là qu'on dit "Amen, Alleluia" ! Que cela soit !

Bien à vous,

Estelle*.

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Commentaires (4)

tell_s
Merci Nicolas pour ton commentaire ! A vrai dire, je n'ai été accro qu'à Fun Radio durant mes "jeunes" années, et les radios dont tu parles, connais pas trop. Mais je suppose que tu voulais dire qu'en général le niveau de ces radios n'était pas hyper élevé ?? Moi j'ai surtout l'impression que ça fait plus de 20 ans qu'on entend les mêmes tubes sur la plupart des ondes... Et ça me pose question ! Mais tu es en train de lancer une conversation intéressante, sans le vouloir ! Si tu m'autorises, je duplique ces premiers échanges dans le Forum ? Biz
Nicolas
  • 2. Nicolas | 08/09/2017
Je suis tout à fait d'accord, il y a bien trop de gens qui écoutent Fun Radio... quand on pense qu'ils pourraient écouter RTL2 ou OUI-FM, c'est presque un crime !
:)
tell_s
Merci beaucoup Elise pour ton commentaire... Toi, tu sais ce que c'est que l'éducation, au quotidien... Moi, je me contente d'en parler :) ! Mais si ça peut aider à réfléchir ou mieux comprendre des choses, c'est le but, effectivement. Je t'embrasse !
Elise
  • 4. Elise | 31/08/2017
De belles interrogations, un très beau texte qui invite à la réflexion. Merci pour ce moment partagé Estelle.

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